Artisanat antique à Sarre-Union



Alsace - 67 - Sarre-Union
Rue de Bitche

Quartier artisanal et officines de potiers

Fouille préventive

 

 

 

2009


L’opération préventive de la rue de Bitche à Sarre-Union s’est déroulée en amont d’un projet d’aménagement de lotissement mené par la commune. Les recherches antérieures avaient déjà permis de déterminer que le sous-sol de Sarre-Union renfermait les vestiges d’une agglomération secondaire antique marquée par une importante activité de fabrication de poteries entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère. Après un décapage sur 5300 m², ont été étudiées environ 70 structures archéologiques majoritairement de la période romaine. Elles présentaient un état d’arasement global important, néanmoins certaines structures ancrées profondément dans le substrat ont livré des stratigraphies de 1 à 4 m d’épaisseur (caves, latrines, carrières, aire de travail de fours de potiers).
L’activité potière constitue vraisemblablement la première occupation des lieux dans la seconde moitié du IIe et le début du IIIe siècle de notre ère. Deux unités de production distinctes se répartissent de part et d’autre d’une voie d’axe nord-ouest/sud-est. Ces ateliers sont signalés surtout par les vestiges de sept fours de potier : il s’agit de fours de forme ovale ou ronde à deux volumes, la sole étant soutenue par une languette centrale. Ils sont associés à des aires de service de dimensions variables creusées dans le substrat.


Le comblement de ces structures artisanales est composé exclusivement des déchets de la production. Une part de ces derniers a également été déposée dans quelques fosses et également épandue sur une surface importante à l’est de la zone de fouille. D’autres structures archéologiques semblent être reliées aux ateliers de potiers : une possible fosse d’implantation de tour de potier et un ensemble interprété à titre d’hypothèse comme les vestiges d’un système de lavage et tri de l’argile par lévigation (négatifs d’un réservoir et d’une canalisation en bois desservant un bassin en pierre). Les céramiques produites sont des formes typiques du vaisselier domestique des IIe et IIIe siècles de notre ère.

Dans une seconde phase de l’occupation du site, durant la première moitié du IIIe siècle, deux bâtiments sont installés au nord de l’emprise de fouille, le long de l’actuelle rue de Bitche (l’existence d’une rue d’époque romaine d’axe nord-ouest/sud-est est donc envisageable), sur les vestiges de certaines structures de la phase précédente. L’un de ces bâtiments construits en bois et torchis est très arasé puisqu’il n’est signalé que par la présence d’une cave maçonnée en pierres calcaires liées à la terre et ayant fonction de stockage. L’autre bâtiment a livré un plan complet. Sur une surface d’environ 200 m², se répartissent trois pièces en rez-de-chaussée dont une vaste halle occupant les deux-tiers du bâtiment, aucun niveau de sol n’était conservé sur cet espace. L’édifice disposait également d’un sous-sol ayant fonction de séjour. Celui-ci présente un mode de construction soigné (murs formés de moellons de petit appareil liés à la chaux et joints tirés au fer) mais l’essentiel de l’élévation du bâtiment devait être constitué de parois de bois et torchis reposant sur des solins de pierres. Le plan de ce bâtiment est à rapprocher des maisons des artisans-commerçants de Bliesbruck et de nombreuses agglomérations de Gaule du Nord. Un four à chaux associé à une carrière de calcaire appartient sûrement à la phase de construction de ces édifices. Des latrines jouxtent ces bâtiments. À l’ouest de la voie, d’autres latrines marquent la présence hors emprise d’un autre habitat. Lors de cette phase, le quartier semble occupé principalement par des activités métallurgiques : présence d’un dépôt de recyclage dans le sous-sol du bâtiment principal, deux foyers de forge et de rejets de déchets de forge en grande quantité dans une fosse d’extraction d’argile recoupant le bassin en pierre de la phase antérieure. Néanmoins, il convient de ne pas écarter l’existence d’une continuité de l’activité des potiers de Sarre-Union d’autant plus que de nombreux éléments céramiques issus de la production locale ont été mis au jour dans les habitats. Un puits dont la datation n’a pas pu être déterminée est implanté au milieu de la zone fouillée. Les deux bâtiments identifiés portent les stigmates d’une destruction suite à un incendie datable au plus tard de la seconde moitié du IIIe siècle, sans que l’on sache s’il marque un abandon définitif du secteur. Il n’y a du moins aucune trace d’occupation postérieure au IIIe siècle. Ainsi, la fouille a permis d’étudier l’évolution d’un secteur sub-urbain de l’agglomération antique de Sarre-Union, d’abord dévolu à l’activité d’ateliers de potiers au cours de la seconde moitié du IIe siècle et du début du IIIe siècle puis, au cours de la première moitié du IIIe siècle, doté d’édifices servant à la fois d’habitat et d’atelier à des artisans du métal. La découverte de sculptures religieuses permet d’envisager la présence d’un lieu de culte en lien avec l’habitat.


Marché public pour le compte de :

COMMUNE de SARRE-UNION
Mairie
67260 Sarre-Union

 

Surface étudiée : 6 000 m²

 

IKER
Archéologie  et Patrimoine

Pelosastrea

64 780 Saint-Martin-d'Arrossa

t. 05 59 37 93 56