Concession des mines d'argent de Villefort



Languedoc-Roussillon - 48 - Villefort

Mines de la concession de Villefort
Expertise archéologique de la concessionn de Villefort

Expertise avant mise en sécurité

 

 

 

2011, 2014


Entre le Mont Lozère et la vallée du Chassezac, aux limites du Gard, de la Lozère et de l’Ardèche, une importante zone minière est connue depuis l’Antiquité et principalement exploitée pour l’argent. La concession de Villefort, située entre le lac de Villefort et le Chassezac, a connu une phase d’activité moderne et contemporaine qui s’étale, selon les sources écrites, entre le milieu du XVIIe siècle et 1909. Après de multiples mutations, le concessionnaire actuel souhaitant renoncer au titre minier doit procéder à la mise en sécurité de certains ouvrages. Préalablement à ces travaux, le Service régional de l’archéologie, a souhaité qu’une expertise archéologique soit effectuée afin d’évaluer l’intérêt patrimonial des sites miniers, d’en établir une hiérarchie en vue de prescrire des mesures conservatoires qui doivent conditionner leur devenir.

Dans le cadre de cette expertise, plus d’une vingtaine d’ouvrages miniers a été visitée, topographiée et étudiée. Il s’agit principalement d’ouvrages de recherche ayant quelquefois abouti à de petites exploitations. Alors que certaines de ces recherches ont été menées sur quelques mètres, d’autres ont été poussées sur plusieurs centaines de mètres. Les chantiers sont généralement modestes mais ont tout de même permis la production de métaux, des fonderies ont d’ailleurs été construites aux XVIIIe et XIXe siècles.
Les minéralisations exploitées sont similaires sur l’ensemble des gisements étudiés. Il s’agit de formations filoniennes sub-verticales, centimétriques à décimétriques, quartzo-barytiques à galène argentifère dans un encaissant de micaschiste ou au contact micaschistes/granites.
Le démarrage des exploitations sur le secteur peut être attribué au XVIIe siècle avec l’ouverture d’un chantier sur le filon de Maulevrier situé à Peyrelade, à l’ouest du hameau des Aydons, sur la commune de Pied-de-Borne (48). Des travaux sont ensuite menés au XVIIIe siècle, vraisemblablement avant 1740. La première période d’exploitation importante correspond à la reprise de Gensanne entre 1772 et 1781. Le gisement restera ensuite en sommeil jusqu’en 1869, malgré une timide tentative vers 1824. La seconde importante période de travaux s’étalera entre les années 1870 et 1909, période à l’issue de laquelle les gisements auront été bien reconnus.

La découverte majeure de cette expertise concerne le chantier de Maulevrier. Dans la première partie de cet ouvrage, l’observation et la mesure des traces de fleuret a permis de détecter une technique rarement observée et attribuable au XVIIe siècle : la méthode de percement à la poudre à l’aide fleurets de gros diamètres (38 à 42 mm), à taillant à arêtes multiples et préparation à la pointerolle. Cette technique semblait correspondre au début de l’usage de la poudre dans les mines, une technique qui, jusqu’à ce jour, n’avait uniquement été observée et étudiée en France, dans les mines du Thillot (sud du massif vosgien). L’opération de 2014 s’est donc attachée à documenter et à interpréter ces vestiges bien particuliers dans l’exploitation de Villefort.

Le premier volet de cette recherche a permis, par l’étude statistique des caractéristiques des traces de fleuret, de préciser les techniques d’abattage mises en œuvre. Les traces appartenant à la phase d’exploitation la plus ancienne, montrent que les fleurets utilisés possèdent un taillant en croix permettant le percement d’un trou assez irrégulier de 38,3 mm de diamètre en moyenne pour une longueur souvent proche de 55 cm. Préalablement à la foration, une préparation était effectuée à la pointerolle pour amorcer le trou et créer un dégagement pour la main de l’ouvrier. Si l’on compare ces éléments avec les données issues de mines exploitées au cours du XVIIe siècle, on observe une très forte concordance technique avec la mine du Thillot. Cette concordance est moins marquée avec les exploitations de Freiberg (Saxe).
Le deuxième volet des travaux menés en 2014 portait sur la chronologie des ouvrages réalisés avec cette technique. Le dépouillement de nombreux documents conservés aux archives départementales de l’Hérault et de la Lozère ainsi qu’à la DREAL d’Alès a permis de découvrir plusieurs mentions d’une exploitation dans la paroisse de Villefort entre 1640 et 1643. La confrontation des textes avec les données géologiques et les résultats des différentes études archéologiques menées sur les mines du secteur permet de situer l’ouverture de la mine de Maulevrier au cours de cette période, par le Sieur Mazelet.

La première moitié du XVIIe siècle est une période charnière dans l’évolution des techniques minières en raison de l’apparition de l’abattage à la poudre. Cette innovation est attestée en 1617 au Thillot ; elle démarre en 1627 à Banka Stavnica en Slovaquie ; ou encore entre 1649 et 1673 à Freiberg. Ces diverses chronologies laissent penser que l’apparition de la poudre à Villefort pourrait provenir d’une transmission directe ou tout au moins rapide de la technique du Thillot vers le Languedoc. Cette hypothèse est d’ailleurs renforcée par un procès-verbal de 1643 qui nous apprend que Mazelet avait fait venir à grands frais des mineurs allemands. D’où venaient-ils ? Sont-ils arrivés à Villefort avec cette nouvelle technique révolutionnaire?


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